A quand un label européen
?
Date: 20-02-2004
Source : Le journal de
l Europe n° 2 février 2004
La Commission européenne
planche sur la création dune étiquette
commune.
Une idée encore au stade exploratoire, qui
pose, pour lheure, plus de questions quelle
nen résout.
DU CHAMPAGNE OU DU CAMEMBERT
« Made in Europe » ?
Les chauvins ny pensent même pas.
Et pourtant : la Commission européenne est
en train détudier lidée
dune étiquette commune pour les produits
de lUnion.
Le projet nest encore quau stade de létude,
mais les questions fusent déjà : le
label européen sera t-il obligatoire ?
Concernera t-il tous
les produits ?
Se substituera t- il aux labels nationaux ou devront
ils coexister ?
Des questions auxquelles la commission elle- même
na pas encore répondu, et qui constituent
sa base de travail depuis le début de lannée.
Les Etats membres ont déjà été
consultés une première fois en décembre,
et seront avisés début mars de lavancement
des travaux.
« Lidée est venu de plusieurs pays,
dont l Italie et la Grèce, et de certaines
industries comme le textile, explique Arancha Gonzalez,
porte parole du commissaire européen
Pascal Lamy.
A cela plusieurs buts : promouvoir une image européenne,
informer davantage le consommateur, et lutter contre
la contrefaçon. »
Le Royaume- Uni, l Irlande, la Finlande le Danemark
et la Suède, mais aussi le Luxembourg, l
Allemagne et les Pays- Bas, se sont déjà
affichés contre.
La France elle, est mitigée.
« On attend den savoir un peu plus pour
nous prononcer », avoue- t-on à la DGCCRF
(direction générale de la consommation,
de la concurrence et de la répression des fraudes),
indirectement concernée.
Frilosité et prudence
règnent
Dautres secteurs, cependant, nattendent
pas pour exprimer leur hostilité au projet.
Ainsi, le syndicat normand des fabricants de camembert
sinsurge : « Nous avons déjà
l AOC (appellation dorigine contrôlée,
ndlr) pour la garantie de la qualité.
Quand à lorigine du produit, le mot «
camembert » suffit pour évoquer la Normandie.
Même à létranger, on connaît.
Même réaction chez Renault, ça
se reconnaît, et par définition, cest
français.
Alors un « Made in Europe « , quel intérêt
? »
Les industriels de lhabillement
avancent dautres arguments, défendus
à Bruxelles par lUnice (Union des confédérations
des industries et des employeurs d Europe).
Ils craignent une complication de la paperasserie
et, surtout, des coûts supplémentaires
: « Cela implique tout bêtement lachat
détiquettes, la couture de ces étiquettes
sur le produit, et la gestion des stocks multipliés
par deux, précise François-Marie Grau,
de l Union française de lhabillement.
Car, de toute évidence, on ne vendra pas des
produits « Made in Europe » aux Etats-
Unis, qui ne reconnaissent pas le label. »
Table ronde autour dun
label
Les répercussions de ce « Made in Europe
» à lextérieur de l
UE seront en effet à regarder de très
près.
Un label européen permettrait, par exemple,
de viser les pays importateurs, en les obligeant à
mentionner, à leur tour, lorigine de
leurs produits selon le principe de territorialité,
qui veut que les producteurs se conforment aux régles
de marquage de lorigine du pays où importent.
En clair, si un label européen est crée,
un « Made in China » devra apparaître
par exemple, sur certains vêtements importés
dans l UE.
« Doù une participation possible
à la lutte anti- fraude », démontre
Arancha Gonzalez.
Rappelons que lheure il nexiste aucune
règle communautaire sur le marquage dorigine,
et quil nest pas obligatoire en France.
Cependant, quen
serait-il des produits qui trouvent leur marché
à létranger de par leur spécificité
nationale, comme les vins français ou les chocolats
belges ?
Les associations de consommateurs, plutôt favorables
au projet, proposent une réponse : «
Le label européen reflète lappartenance
à un exemple, le label nationale une spécificité
: les deux doivent donc coexister. »
Cest en tout cas celle que lOrgeco relaiera
à Bruxelles en tant que membre du Beuc ( Bureau
européen des unions de consommateurs), associé
à la réflexion sur le sujet au même
titre que l Unice depuis janvier.
En attendant, que les
chauvins le sachent : si le reblochon vient bien de
Haute- Savoie, les pizzas et les pâtes, elles,
sont rarement produites en Italie.